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Aéronautique: une industrie prospère mais des compagnies affaiblies – [TRIBUNE] La Revue du Trombinoscope

L’explosion du trafic aérien mondial de passagers (7,3 milliards par an d’ici 2034 comparé à 3,3 milliards aujourd’hui*) et le doublement de la flotte aérienne sont autant d’opportunités que de défis, que seule une vision à long terme permettra de relever.

Pour l’industrie française, il s’agira de maintenir une certaine avance technologique, qui s’appuie tant sur l’investissement que sur une formation d’excellence.

À l’échelle de l’Europe, le secteur de l’aéronautique, qui représente 2,5% du PIB et constitue un puissant vecteur d’intégration de l’Union, peut jouir de la position stratégique du continent, véritable hub. Malgré cet avantage comparatif, le marché européen ne serait pas en l’état le principal bénéficiaire de la multiplication des flux de voyageurs et de marchandises. Tirant partie d’une réglementation taillée sur pièce et non coopérative, trois compagnies des pays du Golfe, qui se partagent 42 milliards de dollars de subventions, et les compagnies américaines, qui bénéficient d’un mécanisme les préservant de la faillite, en seraient les gagnants désignés. Confrontée à cette situation où il en va ni plus ni moins de la survie de nos compagnies, quelles mesures l’Europe prend-t-elle pour contrer cette concurrence déloyale?

Dès 2004, la Commission a signifié sa volonté d’améliorer la compétitivité européenne par un paquet législatif visant à instaurer un Ciel unique européen, complété en 2009. Ces initiatives ambitieuses et cohérentes prévoyaient une réorganisation de notre espace aérien, notamment par une collaboration accrue entre aviation civile et militaire et une harmonisation technologique. Sur ce dernier aspect, des résultats concluants ont été obtenus avec SESAR (système de gestion du trafic aérien) et un soutien à la recherche et au développement a été mis en place par l’intermédiaire des programmes Clean Sky et Horizon 2020. Malheureusement, le projet de rationalisation des 68 centres de contrôle aérien pour unifier le ciel européen semble aujourd’hui dans l’impasse du fait de blocages nationaux court-termistes.

Côté industrie, le formidable mouvement de regroupement (Groupe Airbus), combinant les savoir-faire de chaque pays, a montré que l’Union fait la force. A contrario, la résistance des gouvernements et de certains corporatismes sont bel et bien en train de marginaliser les compagnies européennes.

Le chantier du ciel unique européen n’est cependant pas la panacée. D’autres mesures doivent être prises, à commencer par un partage accru de données entre les États membres afin d’améliorer la sûreté aérienne, a fortiori à la suite de la tragédie Germanwings. En outre, le regain de compétitivité dépendra largement des résultats de la négociation d’accords commerciaux à l’échelle mondiale. Il est en effet nécessaire d’introduire des clauses de concurrence loyale afin de pouvoir concourir sur un pied d’égalité avec les transporteurs rivaux. Dans une optique similaire, les normes européennes exigeantes en termes de droits des passagers devraient être étendues.

À l’échelle de la planète, c’est au défi écologique que le secteur aérien dans son ensemble doit faire face. Les impératifs que l’Europe s’est fixés (à savoir une réduction de 60% des émissions de carbone d’ici 2050 dans le secteur des transports et le développement des énergies non-fossiles) doivent être défendus, mais au niveau mondial, en particulier lors de la COP21. Sous peine qu’elle devienne un fardeau insupportable, les compagnies européennes ne peuvent porter seules cette indispensable transition énergétique.

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